Le HP, fâché avec son sommeil?

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Les plaintes sont courantes : des adultes hauts potentiels (HP) qui n’arrivent pas à s’endormir ou des parents qui déplorent le mauvais sommeil de leur enfant HP: nuits très difficiles les premières années, endormissement tardif, sieste arrêtée avant trois ans, réveil très matinal.

Est-ce pour autant que les enfants précoces et les adultes à haut potentiel ont un sommeil plus mauvais que les autres ? Si tel est le cas, cela peut aisément être mis sur le compte d’une plus grande excitabilité, voire hyperactivité chez certains, d’une anxiété fréquente et de l’impossibilité de s’arrêter de penser au moment du coucher. Néanmoins, il ne faut pas croire que tous les HP soient fâchés avec le sommeil. La plupart d’entre eux dorment très bien, même si l’endormissement peut être plus long.

 Analyse des phases de sommeil paradoxal chez les hauts potentiels.

On tente de comprendre les bases biologiques de ces intelligences dites précoces ou différentes. Pour l’instant, quelques détails différencient le sommeil des enfants précoces des autres : le sommeil paradoxal (celui des rêves) est plus long. De même, leur mouvement d’yeux (mouvement oculaire rapide) pendant cette phase de sommeil sont deux fois plus fréquent, à l’instar des adultes. Que déduire de ses informations ? Il semblerait que les enfants précoces ou surdoué aient davantage la capacité d’organiser, durant le sommeil paradoxal, les informations reçues pendant la journée.

Le nombre de cycles de sommeil chez les hauts potentiels est de 6,40 (les normaux 4,21). La durée d’un cycle de sommeil est plus court (70 minutes). La latence d’apparition de la première phase de sommeil paradoxal (en moyenne 88 minutes chez les normaux) est de 74 min chez les enfants précoces ce qui fait qu’ils ont beaucoup plus de cycles. Au fur et à mesure que la nuit avance, les cycles contiennent de plus en plus de sommeil paradoxal. En fin de nuit, le sommeil est constitué uniquement de sommeil léger et sommeil paradoxal.

Les études montrent que les hauts potentiels ne dorment pas ni plus ni moins longtemps que les autres.

Cependant, si leur sommeil n’est pas quantitativement différent, il est assurément qualitativement différent.

 En quoi le sommeil est-il différent chez un haut potentiel ?

 De nombreux hauts potentiels se plaignent de difficultés d’endormissement et/ou de réveils difficiles avec la sensation d’être beaucoup plus fatigués qu’au coucher.

Une étude sur le sommeil a été réalisée en 2003. Elle était basée sur un questionnaire de l’Inserm et a compilé les réponses de 196 enfants précoces et 226 enfants témoins non précoces. L’enquête a conclu que les enfants précoces souffriraient davantage de troubles du sommeil (35 %) que les enfants témoins (9%) : essentiellement des difficultés d’endormissement, des nuits courtes, un sommeil agité, des cauchemars, un réveil difficile avec mauvaise humeur. Un enfant haut potentiel ne dort pas en moyenne plus longtemps ou moins longtemps qu’un autre, mais son sommeil est différent et plus souvent perturbé.

 En quoi est-il différent ?

 Les phases de sommeil paradoxal durent plus longtemps chez les nouveaux-nés. Elles diminuent ensuite, après 10 ou 12 mois, sauf chez les HP. 

Le sommeil d’un enfant HP est donc plus riche en sommeil paradoxal. Il se caractérise par une capacité à passer plus rapidement en phase de sommeil paradoxal au cours d’un cycle, et parfois presque directement après l’endormissement. Cela se repère par le fait de rêver en dormant seulement quelques minutes (sieste courte, réveil par un bruit…), le rêve n’étant possible que pendant le sommeil paradoxal.

 De plus, chez les enfants hauts potentiels, ce sommeil paradoxal s’accompagne de mouvements des yeux presque deux fois plus fréquents que chez les autres enfants du même âge. La plus grande fréquence de ces mouvements oculaires est une caractéristique du sommeil des adultes. Ils reflètent une meilleure capacité à organiser, pendant le sommeil, les informations stockées pendant l’éveil.

Parmi les autres particularités, le sommeil d’un HP peut être plus reposant au bout d’une nuit trop courte que d’une nuit longue.

Certains adultes HP signalent aussi qu’ils peuvent contrôler, diriger leurs rêves, ou reprendre un rêve où il s’était arrêté avant un réveil.

La précocité intellectuelle s’accompagne assez souvent d’un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité qui, lui aussi, peut induire des troubles du sommeil : difficultés d’endormissement, sommeil très agité, impatiences dans les jambes. Au contraire, il peut s’agir d’endormissements et d’hypersomnie dans la journée, tant le TDA épuise.

 Le sommeil paradoxal

Des études ont essayé de clarifier la relation entre la quantité de sommeil paradoxal et le niveau d’efficience mentale. Elles ont mis en évidence que la quantité de sommeil paradoxal est d’autant plus élevée chez l’animal que celui-ci est évolué : 6 % chez le chien, 15 % chez le chat et le singe et 20 % chez l’Homme. Il y a une corrélation entre sommeil paradoxal et développement cérébral.

La moitié du sommeil d’un nouveau-né se passe en sommeil paradoxal. Après 1 an, il n’y en a plus que 25 %, 20 % après 15 ans et 16 % chez les personnes âgées. Or, on sait que la plasticité cérébrale diminue aussi avec l’avancement dans l’âge. En effet, le sommeil paradoxal favorise la plasticité du cerveau : capacité de s’adapter facilement à de nouveaux apprentissages, créer de nouveaux réseaux de connections entre les neurones, réparer une lésion cérébrale en « déplaçant » la fonction atteinte vers une autre zone cérébrale intacte qui va pallier le dysfonctionnement de l’aire lésée.

Le sommeil paradoxal est aussi impliqué dans la mémorisation : quand on prive un dormeur de sommeil paradoxal, la première fonction perturbée est la mémoire. De même, quand un animal apprend un nouveau comportement, on constate que son sommeil paradoxal augmente.

Les déficients intellectuels ont des problèmes de mémoire et leur sommeil paradoxal est deux fois moins important que chez les personnes ordinaires.

Au contraire, chez les hauts potentiels, dont la mémoire est excellente, le sommeil paradoxal est plus important et l’apparition du sommeil paradoxal plus rapide au cours d’un cycle. Les cycles sont moins longs et donc plus nombreux, pour une même durée de sommeil.

Les enfants HP sont doublement avantagés, car leur sommeil est :

  • aussi immature que celui d’un nouveau-né pour la quantité de sommeil paradoxal, ce qui lui permet de garder une aussi bonne plasticité cérébrale et facilite les apprentissages.
  • aussi mature que celui d’un adulte pour la fréquence des mouvements oculaires pendant le sommeil paradoxal, ce qui le favorise dans l’organisation des informations et donc de la mémorisation.

Chez certaines personnes qui souffrent de troubles du sommeil, le sommeil peut être composé non pas de 20% de sommeil paradoxal, mais bien plus, voire la quasi-totalité de leur temps de sommeil. Dès l’endormissement, le dormeur passe en sommeil paradoxal. Cela peut augmenter :

  • la fréquence des paralysies du sommeil (paralysies des muscles pendant quelques secondes à quelques minutes au réveil)
  • la fatigue, car le corps et le cerveau se reposent surtout durant la phase de sommeil profond et non pas pendant celle de sommeil paradoxal où le cerveau est très actif,
  • la dépression, par manque de sérotonine, car la synthèse de celle-ci est suspendue pendant le sommeil paradoxal.

 La sérotonine

 Durant le sommeil paradoxal, la production de sérotonine est inhibée. Plus le sommeil paradoxal est important, plus grand est le risque de manquer de sérotonine au réveil. Or, le sommeil paradoxal est nettement plus important chez les personnes à haut potentiel. Celles-ci risquent donc davantage de souffrir d’un déficit de sérotonine.

 Chez certaines personnes, la synthèse de sérotonine est naturellement trop faible. Si cette faible synthèse est cumulée à un excès de sommeil paradoxal, le risque est grand de voir apparaître des troubles liés à un déficit de sérotonine.

 Mais qu’est-ce que la sérotonine et à quoi sert-elle ?

 La sérotonine est aussi appelée 5-hydroxytryptamine (5-HT). Seul 1 % de la sérotonine du corps se trouve dans le cerveau, mais elle y joue un rôle essentiel. Environ 80 % de la sérotonine est localisée dans les intestins et l’estomac.

 La sérotonine est un neurotransmetteur qui agit comme une hormone. Un neurotransmetteur est une sorte de clé qui permet d’ouvrir les passages entre les neurones, pour laisser passer l’information nerveuse. La sérotonine agit, entre autre, sur l’information liée au bien-être. On l’appelle « l’hormone du bonheur ». Certaines dépressions s’expliquent par un déficit de sérotonine.

 La sérotonine est liée à notre alimentation. Elle dépend de ce que nous mangeons : plusieurs aliments comme les œufs, la dinde, les légumes secs contiennent le tryptophane qui permet de fabriquer la sérotonine. Elle influence aussi notre façon de nous nourrir : elle régule notre tendance à manger sucré.

La pratique régulière de l’activité physique augmente la sécrétion naturelle de sérotonine.

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La sérotonine régule l’appétit, la douleur, l’humeur, le sommeil et provoque une sensation de bien-être. Elle serait liée à l’humeur dans les deux sens : le taux de sérotonine influencerait l’humeur, et les pensées positives ou négatives influenceraient à leur tour le taux de sérotonine.

La sérotonine intervient aussi dans les manifestations allergiques et inflammatoires, ce qui expliquerait les manifestations pathologiques que subissent certains adultes HP : allergies multiples, douleurs inflammatoires diverses, maladies auto-immunes étranges…

La sérotonine est donc une hormone importante et il peut être préjudiciable d’en manquer. Les HP sont plus susceptibles que d’autres d’en manquer puisque leur sommeil induit un déficit de sérotonine. Cela peut expliquer, entre autre, qu’ils soient plus sujets à la dépression (en lien avec un déficit de sérotonine), notamment le matin au réveil. On ne s’étonnera donc plus de voir des HP émerger difficilement de leur lit, mal réveillés et déprimés, d’autant plus qu’ils auront fait la grasse matinée jusqu’à plus de midi, ce qui implique un sommeil plus long, donc un temps très long de sommeil paradoxal qui limite la production de sérotonine.

Le sommeil est indispensable au repos du corps, au bon fonctionnement cérébral et à la consolidation des informations mémorisées pendant la journée. Tout le monde sait qu’un cours appris juste avant d’aller se coucher sera mieux retenu le lendemain : la mémorisation est en effet améliorée de 30 %. De même, un manque de sommeil entraîne des difficultés d’apprentissage. Il ne faut donc pas négliger les troubles du sommeil et consulter si nécessaire.

Conclusion

 Les hauts potentiels peuvent avoir un sommeil plus souvent perturbé, mais surtout différent, avec davantage de sommeil paradoxal. Cela leur permet de mieux apprendre et mémoriser, mais peut aussi entraîner de la fatigue, car le cerveau ne se repose pas durant les phases de sommeil paradoxal. Cela peut générer de la déprime au réveil ou aggraver un état dépressif, car le sommeil paradoxal bloque la production de sérotonine, nécessaire pour avoir le moral.

 Les HP étant déjà plus ou moins sujets aux baisses de moral et à la déprime, il est important de ne pas manquer de sérotonine. Pour cela, il faut chercher à consommer les aliments qui favorisent la synthèse de la sérotonine (voir sur internet), faire du sport et ne pas faire de trop longues grasses matinées.

Sources:

Les personnes à haut potentiel ont-elles un fonctionnement hormonal différent ?

http://www.planete-douance.com/blog/2014/05/30/les-personnes-haut-potentiel-fonctionnement-hormonal-different/embed/#?secret=zfMKNTcZ4G

http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/valatx/revprat_96/annexe1.php

Source: https://www.centrehumaneo.be