Le QI en question chez les personnes HP…

Un diagnostic bien posé est important pour que la personne puisse avancer en toute vérité.

Les résultats au test de QI ne suffisent pas au diagnostic, ces résultats ne sont qu’un indice parmi d’autres. Comme expliqué plus haut certains HP n’atteignent pas un QI total supérieur ou égal à 125.

Ma vision des choses est que cognitivement, tous les HP ont des capacités supérieures à la moyenne dans certains domaines. Encore faut-il arriver à les faire ressortir durant le QI. On peut rater un test deQI pour mille raisons différentes. J’entends par «rater», ne pas réussir à avoir un chiffre correspondant aux capacités qu’on a réellement.

Les raisons de ne pas arriver à donner le meilleur de soi dans ce moment du test de QI sont multiples.J’en détaillerai ici certaines d’entre-elles. Quand une personne n’obtient pas le fameux chiffre correspondant à du haut potentiel, il est essentiel de se pencher sur la manière dont s’est passé le bilan. J’exhorte ici les collègues psychologues faisant passer les tests de ne pas juste remettre unrapport avec des chiffres ou avec des explications sur le test. Inscrivez plutôt vos observations cliniquesdurant l’entretien et ce, de manière détaillée. Oui, cela prend du temps, mais cela fait partie de notre travail.

« Rater » un test de QI
Cela peut-il arriver de sous performer à un test de QI ?

 Je terminais une grippe quand j’ai passé le bilan. C’était vraiment compliqué. Aprèsquelques exercices j’ai commencé à avoir mal à la tête. Je crois que je n’ai pas donné le meilleur de moi-même.

C’est évident que venir passer un test de QI quand on est fiévreux, avec une gastro ou grippé, n’estvraiment pas un gage de réussite. Pourtant cela nous arrive régulièrement d’avoir des patients maladesqui refusent de postposer le rendez-vous.

« Quand je suis arrivé pour le test de QI, je n’étais pas en forme. Je pense que je démarrais une grippe. Je ne l’ai pas dit car j’avais pris congé et ne voulais pas le reporter. Je le regrette amèrement : j’ai fait des fautes stupides, je ne parvenais pas à me concentrer. Heureusement dans le centre où j’ai passé le bilan, les deux psychologues que j’ai rencontrés étaient vraiment à l’écoute. Le bilan qualitatif était très clair, j’ai expliqué que quand je suis rentré chez moi j’ai remarqué que j’avais de la température. J’ai repassé le bilan un an après et j’ai pu aller beaucoup plus loin. Cela correspondait vraiment plus à quij’étais. Henry 63 ans

Je ne vais pas bien pour le moment, dors mal et suis très fatiguée. Le test de QI était important car ce diagnostic pouvait m’aider à aller mieux.

Beaucoup de personnes demandant un diagnostic sont stressées et dorment mal la veille du bilan. Cette fatigue peut bien entendu impacter les résultats. Il faudra évidemment en tenir compte lors des conclusions. Parfois même il faut scinder le bilan en deux rendez-vous afin de diminuer ce biais dû à cette fatigue.

La question se pose souvent de savoir s’il faut faire passer un bilan cognitif à une personne qui ne va pas bien : dépression, burn-out, fatigue chronique… Nous savons que ce bilan a un effet thérapeutiqueénorme. Bien souvent, après avoir reçu les résultats, la personne va mieux et retrouve de l’énergie.Parfois, il faut néanmoins proposer de le faire plus tard et de déjà avancer avec cette nouvelle clé.

Pas le courage de réfléchir, manque de motivation et test de QI ne font pas un trèsbon ménage…

Quand on ne voit pas directement la solution, il faut mettre notre cerveau en route pour réfléchir. Celademande de l’énergie, de la motivation qui peut parfois ne pas être présente, et ce, tant chez l’adulte que chez l’enfant.

 

« Je déteste ne pas comprendre, cela m’énerve. J’appréhendais énormément ce fichu test de QI.Pourtant je savais que j’en avais vraiment besoin. La psychologue m’a demandé ce petit témoignage pour son livre. J’ai accepté car j’espère que cela aidera d’autres HP dans mon cas. Je dois avouer que durant le test, j’ai ressenti cet énervement. Je répondais très vite, impulsivement, sans vraiment prendre le temps de réfléchir. La psychologue m’a alors stoppé, me disant que ce test, je ne le feraisqu’une fois dans ma vie et que les résultats étaient importants pour moi. J’ai pris sur moi, et fait un gros mais alors là, un très très gros effort pour terminer correctement. » Yves, 47 ans

Quand je n’aime pas, j’ai tendance à ne pas faire

Un peu dans le même ordre d’idée, un enfant ou un ado qui fait un peu ce qu’il veut, quand il veut, s’il ne voit pas le sens dans ce qui est demandé, il ne fera pas d’effort et les résultats seront en de-çà de ses réelles capacités

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Certains adultes HP ont parfois un côté « ado attardé » et ne font aussi que ce qu’ils veulent quand ils le veulent. Cela peut bien entendu être positif mais parfois il peut être important de dépasser ceslimites. Surtout pour passer un test de QI qu’on ne fera probablement qu’une fois dans notre vie.

« Après coup, je regrette… Certains exercices du test de QI étaient vraiment ennuyants. J’ai la fâcheuse habitude de ne pas faire ce que je n’aime pas, et ce, depuis toujours. Cela m’a joué des tours. Durant cette heure de testing, j’ai adoré certains exercices, comme la logique. Par contre les questionsculturelles, le vocabulaire… pfffffffff… Franchement. Je me serais cru revenu à l’école vingt ans avant et j’ai détesté l’école ! En recevant les résultats, la psychologue avait bien observé ce fonctionnement.J’avais vraiment un mauvais score dans ce domaine et franchement, j’aurais pu faire un effort ». Marc 40 ans

Je ne crois vraiment pas être HP. Je suis plutôt idiot. J’ai peur de bloquer durant cetest

Si on demande à un asthmatique de gravir une montagne, il y a bien peu de chance qu’il démarre. Sion se sent nul, stupide, idiot, faire un test de QI sera un peu comme l’asthmatique qui croit ne pas pouvoir y arriver. Notre cerveau ne démarrera pas.

 

Beaucoup d’HP ont cette vision négative d’eux-mêmes. C’est aussi pour cette raison que passer cediagnostic est vraiment très important. Il permet de retrouver la confiance en soi.

Si, depuis toujours, on nous a dit qu’on était nul en mathématique, c’est évident que cette croyance risque d’impacter les résultats.

Le travail du psychologue est d’accompagner la personne durant la passation. De lui montrer sescapacités, d’encourager et in fine,… de tenir compte de ses blocages lors de la remise des résultats.

J’ai passé le test avec un psychologue que je ne sentais pas… Une vraie épreuve

Les HP fonctionnent très fort à l’affectif. Si cela ne passe pas avec le psychologue qui fait passer le test,les résultats seront également impactés.

Le ressenti de la personne est très important, on peut se sentir jugé, perçu comme nul, pas capable de réussir quelque chose de simple.
Le rôle du psychologue est vraiment important ici pour mettre la personne à l’aise.

Dans notre équipe, tous les psychologues sont passés par cette « épreuve », avec le stress que cela peut engendrer. Ils ont donc vécu eux-mêmes cette peur du jugement, cette crainte de l’échec.

« Durant cette épreuve, oui, le mot est faible… C’était VRAIMENT une épreuve. Je me serais crue à un entretien d’embauche ou à un examen oral. Comme si j’avais besoin de lui prouver quelque chose. Puis son air… Ses mots… J’ai vraiment détesté ce moment. A la fin je répondais n’importe quoi, espérant surtout que ce moment s’arrête. Je n’ai pas été chercher les résultats mais ai repassé le test deux ansaprès. La personne était empathique, souriante, chaleureuse. J’en ai un bon souvenir. » Annie 27 ans

Dyscalculie, dyslexie, dysgraphie et bilan QI

Dans la population globale, une personne sur six souffre d’un trouble du développement: dyslexie,dyscalculie, dysorthographie, dyspraxie… Les HP n’échappent pas à cette statistique.

 

Bien souvent ces personnes ayant un double diagnostic ont compensé leurs difficultés par leurs capacités.
Le trouble n’aura pas été détecté durant l’enfance mais les résultats scolaires ont été clairementimpactés. Ces personnes ont parfois passé des bilans logopédiques mais le résultat obtenu est supérieur à celui qui manifeste un trouble.

De même les résultats aux tests de QI sont impactés par le trouble. Le diagnostic du haut potentiel ne peut clairement pas être donné sur base d’un simple test de QI. Il faudra aller plus loin.

« J’ai appris à dire dans l’autodérision : « Je suis une boussole qui indique le sud ». En réalité, et cecin’est qu’un exemple, mon sens de l’orientation a été une grande souffrance car si je ratais unebifurcation, je me retrouvais en larmes avec un sentiment d’abandon totalement disproportionné. Quand j’ai passé mon test de QI, j’étais clairement faible dans une série précise et on m’a proposé uneexplication : une dyspraxie visuo-spaciale compensée avec mes autres atouts au fil des années.

Tant de choses qui « ont fait faiblesse » chez moi ont pris sens : oui, je suis toujours garée à 60 cm desbordures en voiture ; oui, j’ai peur comme passagère car je ne gère pas les distances ; oui, je suis unesuper danseuse mais il faut totalement me guider car je ne visualise pas les pas dans l’espace lors des cours…

Oui, je suis HP et dys aussi. Et c’est ok et ça me soulage et me fait sourire : je comprends tout ! » Sabine, 50 ans

Qu’en est-il du test de QI quand on parle plusieurs langues ?

Une grande partie du bilan peut être biaisé par la culture. Même pour le calcul mental, il est reconnuaujourd’hui que nous calculons toujours dans notre langue maternelle. Les exercices d’arithmétiqueétant présentés en français, une personne bilingue testée dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle risque d’avoir un score dans ce subtest ne correspondant pas à ses réelles capacités.

Dans les subtests purement culturels aussi, l’impact de la langue et de la culture peut être important.

Normalement le bilan devrait être passé dans la langue maternelle, ce qui n’est pas toujours possible.

En Belgique, de plus en plus d’enfants sont scolarisés en immersion dans une autre langue or quand on parle plusieurs langues, le niveau peut être un peu plus faible dans chacune de ces langues.

Ce biais culturel montre clairement la prudence à avoir dans la lecture des résultats. Une personne bilingue n’est certainement pas moins intelligente qu’une personne non-bilingue, mais le test de QIréalisé dans une des langues manifestera l’inverse.

 

Doit-on être cultivé pour « réussir » un test de QI » ?

Un milieu familial porteur ou pas au niveau de la culture peut également influencer le bilan. Peut-on se dire plus ou moins intelligent en fonction de la culture ? Cette question pourrait être débattue.Wechsler (Le concepteur des tests couramment utilisés aujourd’hui) disait qu’une personne intelligente garde tout ce qu’elle entend en mémoire, comme une éponge. Pourtant, chez beaucoupd’HP, nous observons de manière récurrente, un score significativement plus faible au subtest« information » qui mesure la culture générale. Le HP a tendance à être très sélectif, ne retenant quece qui l’intéresse. Je dis toujours, en riant, que si on me parle du fonctionnement d’une voiture, j’écouterai gentiment mais que cela sortira aussi vite de mon cerveau que cela y est rentré.

Dans ce cas de figure, l’analyse des résultats est très importante car elle permet souvent à la personne de « faire la paix » avec l’idée de ne pas être malin. Il s’agit juste d’un manque d’intérêt dans certains domaines.

Le témoignage de Sophie l’explique bien.

« Je me suis toujours sentie idiote : en société, les conversations m’ennuient souvent car cela nem’intéresse pas. Le pire, c’est l’économie et la politique. Alors que dans ma famille, ils sont branchéslà-dessus. Je me suis toujours sentie complètement idiote, n’ayant aucun avis sur le sujet. J’avais donctrès peur du test de QI. Pourtant, je me suis rendue compte en le passant que j’avais beaucoup defacilités en logique, en mémoire et en rapidité. A l’inverse des questions plus verbales où je me suis sentie nulle. Les résultats m’ont fait beaucoup de bien : non, je ne suis pas stupide ! J’ai aussi mon motà dire et ce n’est pas grave de ne pas connaître les sujets qui ne m’intéressent absolument pas ! »Sophie 38 ans

J’ai l’impression d’avoir perdu les capacités que j’avais avant. Ce test de QI m’effraie.

Quand une personne HP n’a plus de défi à relever, n’arrive plus à mettre du sens dans ce qu’elle fait,elle peut commencer à végéter, comme si le cerveau ne se mettait plus en route. On peut alors parlerd’inhibition intellectuelle. Faire un test de QI est alors vraiment risqué car la personne a perdu ses réelles capacités.

Pourtant ce test de QI pourrait être un levier qui lui ferait retrouver ses réelles capacités.
Dans ce cas, il vaudrait mieux commencer par passer un bilan qualitatif, comprendre déjà que cela va dans le sens du haut potentiel, se remettre en route petit à petit en se faisant aider, puis le moment venu, passer le bilan de QI.

Passer un test de QI quand on prend des antidépresseurs ou des anxiolytiques,quand on est sous influence de drogue ou d’alcool

 

Clairement, fumer un pétard ou boire trop d’alcool la veille du diagnostic parce qu’on est stressé n’estpas une bonne idée. Et certains le font avec les conséquences qui peuvent en découler. Dans ce cas, il est important de le signaler au psychologue qui devra en tenir compte dans l’analyse des résultats.Certains neuroleptiques peuvent également impacter le bilan. Et on ne peut les stopper sans accompagnement médical. Il est important de le signaler afin que le psychologue en tienne compte.Comme expliqué plus haut, ce n’est peut-être pas le moment de passer le bilan. Mais, d’un autre côté,les résultats peuvent vraiment aider la personne à avancer.

La lecture des résultats doit impérativement tenir compte de l’état de la personne.

« Une connaissance m’a dit que je devais être HP. Je suis sous antidépresseurs depuis des années, carle psychiatre me voit comme une dépressive chronique. J’ai cependant l’impression que ces médicaments ne m’aident pas vraiment. Mais bon… je continue à les prendre. C’est vrai que je vaisépisodiquement chez lui… quand cela ne va pas. Il ne voit donc que cette facette de ma personnalité. Par moment je me sens mieux. J’ai passé un bilan qualitatif et quantitatif. Les caractéristiques des HPétaient très présentes, mais le QI n’a pas montré grand-chose. Les conclusions étaient cependant claires : j’étais HP mais les neuroleptiques ont impacté les résultats. J’ai été trouver mon psychiatre pour lui demander d’essayer de diminuer peu à peu la médication. Mon médecin a vraiment été super et m’a accompagnée pour diminuer tout doucement. Je me suis sentie comprise. Cela n’a pas été facile, mais j’ai tenu. J’ai voulu repasser ce test deux ans après et les résultats étaient beaucoup plus clairs. Aujourd’hui, j’accepte mon fonctionnement… j’accepte aussi que, par moment, cela ne va pas. » Inès 32 ans

J’insisterai toujours pour signaler que stopper des neuroleptiques sans accompagnement médical est dangereux.

Je sais que je vais stresser si je passe le test et chez moi, ce stress me paralyse,m’empêchant complètement de réfléchir.

Les personnes HP ont bien souvent des difficultés à gérer leurs émotions. Le stress peut être un moteur pour avancer mais parfois aussi un réel frein entraînant un blocage total. Venir passer un test de QI quand on est adulte est, la plupart du temps, un moment stressant. Ce stress peut impacter les résultats à la baisse. Un psychologue empathique peut clairement déceler ce stress et soit proposerd’arrêter le bilan, soit travailler durant le testing avec des outils de relaxation.

« Quel stress, ce bilan ! La nuit d’avant je n’ai quasi pas fermé l’œil de la nuit. « Mais pourquoi tut’imagines HP ? C’est plutôt l’inverse ? Que va penser la psychologue quand elle verra que je ne suisqu’une imposture ? » Je suis arrivée tremblante comme une feuille. La psychologue a essayé de me rassurer parlant du bilan qualitatif qui montrait toutes les caractéristiques. « Oui, mais c’est subjectif » fut ma réponse impulsive. La psychologue m’a alors proposé de respirer en suivant une bille qui montaitet descendait. Cela m’a fait un bien fou et m’a permis de me détendre… un peu… J’ai commencé à prendre plaisir au jeu. Après coup, je me dis que c’est vraiment ridicule d’avoir eu peur. Je ne remercieraijamais assez Catherine pour son accompagnement lors de ce moment. » Francine 42 ans