Hyperestésie?

sens

L’hyperesthésie est souvent une souffrance pour beaucoup d’HP. Je dirais que c’est peut-être un des seuls points avec lequel on doit apprendre à vivre. La souffrance peut rester vive. Il n’existe pas de solution toute faite. Certains en souffrent vraiment. Des petits trucs peuvent les aider mais cela restera souvent une difficulté. Il serait important d’avoir tous les jours un endroit où se poser dans le calme, avec une lumière douce, sans bruit parasitant. Ce n’est malheureusement pas toujours possible.

 « Récemment, j’ai été voir un spectacle de danse classique d’enfants de 5 à 20 ans.  J’étais accompagnée de ma meilleure amie et de mes nièces de 25 ans.   Durant le spectacle, je me suis sentie complètement décalée, car là où de petits détails m’ont donné d’énormes émotions, ils laissaient mes accompagnantes de marbre. En effet, les costumes des enfants, que ce soit ceux des petits ou des grandes, m’ont fait pleurer.  Une magnifique danseuse m’a fait vibrer avec de très belles expressions de son corps, les larmes me sont montées aux yeux. J’ai fondu en larmes quand il y a eu la musique de « Mistral Gagnant » de Renaud en acoustique.  Les personnes qui m’accompagnaient m’ont demandé si j’étais en dépression à pleurer toujours pour un rien….  Mais non, c’est simplement de l’hyperémotivité et de l’hypersensibilité à l’art.  Ce n’est pas toujours facile, mais je ne voudrais pas vivre autrement ! Je dis merci de pouvoir ressentir toutes ces belles choses aussi intensément. » Christine 45 ans

Hyperesthésie auditive

Ma famille ne comprend pas pourquoi je me sens mal quand j’entends mon frère mastiquer en mangeant. Ce son m’est vraiment insupportable. C’est presque physique.

Certains sons peuvent être insupportables physiquement ou psychiquement pour les personnes HP. Parfois même pour leur entourage qui ne comprend pas cet énervement… « pour si peu »… Ce « si peu », n’est vraiment pas du tout anodin. L’énervement engendré par un son peut être ressenti physiquement, dans notre corps. Les exemples de sons qu’on ne supporte pas varient d’un HP à l’autre : bruit qu’un autre fait en mâchant, les basses, le frottement contre un ballon de baudruche, le bruit de la frigolite, le son du frottement sur du béton, la soufflerie d’un PC…

Universellement, on pourrait dire qu’un son qui dérange tout le monde est le frottement de la craie sur le tableau. Ce son insupporte la plupart des êtres humains. C’est ce que ressentent les HP mais avec plusieurs sons différents et d’une manière beaucoup plus intense.

« Au Brico, il y a des télévisions qui fonctionnent sans arrêt avec des messages publicitaires pour expliquer comment utiliser tel outil, bien entendu, en vente dans le rayon. La voix des présentateurs m’énerve au plus haut point. J’ai donc simplement poussé sur l’interrupteur et éteint la TV. En rentrant à la maison, j’explique ça à mon père qui me répond qu’il l’a déjà fait aussi tellement ce son ininterrompu l’agace. »Déborah 29 ans

Cela peut être une réelle difficulté de vie pour certains HP qui doivent se protéger de ces sons sous peine de stress et de fatigue constante. Des casques anti bruit existent, les boules Quies aussi. N’hésitez pas à en abuser, un moment par jour, dans le calme absolu. Parfois mettre des écouteurs avec une musique qu’on apprécie particulièrement peut aussi apaiser.

Il ne faut pas oublier tout le positif de ce sens plus développé chez le HP. Il peut entendre des fréquences plus hautes et plus basses que les autres. Il peut aussi vibrer beaucoup plus en écoutant une musique. Certains musiciens HP ont l’oreille absolue. Ils reconnaissent le nom de la note rien qu’en l’entendant.

« Je vis la majorité du temps dans le silence, car je ne supporte pas le bruit. Très sensible aux sons, je n’aime pas les bruits répétitifs et même lorsque je mets mon clignotant trop tôt avant de tourner, ça m’énerve. Je ne peux pas manger dans un restaurant bruyant sans avoir la tête qui explose. Trop de bruit me fatigue énormément parce que j’entends tout en même temps. »Carine 49 ans

Hyperesthésie tactile

Je ne supporte pas qu’on me touche. Cela peut poser des problèmes dans les relations amoureuses mais parfois dans la vie de tous les jours aussi car je n’aime pas être serré dans les bras ni même les bisous. Cela me crée de réels problèmes.

Cette difficulté du ressenti au niveau de la peau peut être très forte chez certains HP. Dans les relations de couple cela peut effectivement poser des difficultés. Au niveau du couple il faut apprendre à communiquer. Si l’autre ne sait pas que refuser les caresses est une difficulté physiologique, il pourrait avoir l’impression d’un manque d’amour alors qu’il n’en est rien. Maintenant ce ressenti difficile n’est pas constant. A certains moments, la peau est moins sensible qu’à d’autres. Il est important que la personne HP ayant cette difficulté puisse ressentir à quel moment elle est plus accessible au niveau physique afin d’avoir quand même de temps en temps ces moments d’échange.

Au niveau de la société ce n’est pas facile d’être différent. Certains le comprendront, d’autres pas du tout. C’est de nouveaux un choix : affirmer gentiment notre différence en disant simplement qu’on n’est pas très bisous ou supporter les bisous. A chacun de voir en fonction de ses ressentis.

« J’ai toujours dit que je n’aimais pas trop les bisous. Les gens me connaissent, savent que je suis chaleureuse au niveau verbal mais que j’ai besoin d’une distance, d’une bulle au niveau physique. Un jour, dans une assemblée, une dame me voit et me fait presque un bisou de force tout en disant « je sais que tu n’aimes pas les bisous mais je t’en fais quand même un ». Je n’ai pu me reculer mais je lui ai répondu que je ne me sentais pas respectée. Elle s’est excusée et ne m’a plus jamais embrassée par la suite. Cela m’a fait du bien d’oser le lui dire. » Sophie 42 ans

Cette hypersensibilité tactile peut également être positive : le toucher peut être fin, précis. Beaucoup d’HP peuvent aussi rechercher les caresses, les contacts physiques. Pour eux, cette sensation est plus que positive.

« Est-ce qu’on pourrait demander aux fabricants de vêtements de faire des étiquettes biodégradables qui se désintègrent au premier lavage ? Parce que, alors même que je coupe toutes les étiquettes de vêtement, rien que le « reste » de l’étiquette me gratte la peau. Je ne supporte que certaines matières. Il m’est impossible de porter du nylon, de la laine ou du polyester. » Carine, 49 ans

Hyperesthésie olfactive

Certaines odeurs me sont insupportables. J’en ai presque des nausées. Malheureusement dans la vie de tous les jours on y est souvent confrontés.

L’hyperesthésie peut être présente aussi au niveau olfactif. Les transports en commun peuvent être source de gros mal-être quand on ressent l’odeur corporelle de notre voisin. Certains parfums forts peuvent également déranger les HP au point qu’ils se sentent mal.

Petite solution toute simple : avoir sous la main un flacon d’huile essentielle et en asperger un mouchoir qu’on tient près de son nez (comme si on était enrhumé). Autre solution, avant de quitter notre maison, mettre quelques gouttes d’huile essentielle sur une écharpe ou un foulard. Quand une odeur nous oppresse, relever cette écharpe ou ce foulard sur notre nez.

« Je travaille en open space. Une de mes collègues a un parfum que je ne supporte absolument pas, l’odeur me rentre dans le nez, m’envahit et je peux en avoir des nausées. Je n’ose pas le lui dire mais on dirait du déodorant pour les toilettes, et encore, un mauvais déodorant pour toilettes. J’ai voulu un jour le lui faire comprendre et j’ai aspergé mon écharpe de déodorant pour WC. Il vaut mieux en rire, mais quand je suis arrivée le matin, elle a trouvé que je sentais très bon et m’a demandé la marque de mon parfum. A mon avis, elle n’a pas compris. »Julie 27 ans

Hyperesthésie gustative

Je ne supporte pas les épices. Cela paraît souvent ridicule en société. Même quand je mange du poivre j’ai l’impression que ma bouche brûle.

C’est de nouveau cette différence qui dérange et qu’on peut avoir du mal à accepter. Pourtant, est-ce si grave de ne pas apprécier la nourriture épicée ? Notre bouche peut également être hypersensible : apprécier, rechercher les goûts forts, épicés ou par contre les détester. Je vous dirais que personnellement je n’apprécie pas trop les épices. J’aime le goût des aliments « naturels ». Si je mange des tomates avec du persil, je ne percevrai plus le goût de la tomate alors que c’est tellement bon.

C’est important d’accepter notre différence, d’accepter qu’on n’est pas obligé de manger des plats piquants.

Certains enfants souffrent d’anorexie sélective, ils ne peuvent par exemple pas manger de petits morceaux. Tout doit être mixé, même s’ils mangent de tout. Bien entendu l’éducation peut souvent accompagner l’enfant vers un passage à une nourriture « classique ».

Maintenant pour certains enfants, c’est presque impossible. Ils ne supportent pas la sensation des petits morceaux dans la bouche. C’est un apprentissage qui peut prendre du temps et qui inquiète souvent les parents.

Cette hyperstimulabilité gustative est aussi très positive : apprécier un met raffiné, être gourmand, aimer manger. Le HP peut percevoir les saveurs de manière très précise, très fine. Cette hyperstimulabilité gustative peut aussi donner des émotions positives.

« Je n’aime pas les épices, j’ai l’impression que cela cache la saveur naturelle des aliments. De plus, mon palais est hyper sensible et quand cela pique, j’ai vraiment la gorge et le palais en feu. J’ai été invité par une amie à un restaurant Japonais. J’ai bien demandé avant si la nourriture était piquante. Elle m’a assurée que non. On nous a servi nos plats. C’était vraiment délicieux, j’ai gouté de tout, même de l’espèce de mousse verte au milieu du plat. Il paraît que c’était du Wasabi. Ma gorge a été en feu plus d’une heure après le repas. ».  Fred, 42 ans

Hyperesthésie visuelle

La lumière m’éblouit très vite, que ce soit la lumière du soleil ou les éclairages de la vie de tous les jours. Je travaille en open space avec une lumière intense. Cela me fatigue vite et me donne des migraines.

L’hypersensibilité visuelle peut aussi être présente chez les HP. Elle peut en effet entraîner de la fatigue et des migraines. L’éclairage indirect est en général une bonne solution qui, malheureusement, est souvent impossible au travail. N’hésitez pas à consulter un opticien. Il existe des lunettes pouvant atténuer les effets de cette luminosité en filtrant certaines lumières.

Les phares antibrouillards peuvent presque être des phares « anti-vues », ils éblouissent tellement qu’on voit encore moins bien la route.

« Je travaille en open space. La lumière me fatiguait énormément. J’ai essayé d’aménager mon coin personnel en apportant des lumières avec un éclairage indirect, avec des couleurs plus chaudes. Cela a donné à mon petit coin une ambiance chaleureuse. Mes collègues ont apprécié cet aménagement et petit à petit tout le monde a fait pareil. On a pu éteindre ces horribles lumières. Je me sens beaucoup mieux depuis. » Marthe 29 ans