HP et psychopathologie

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Bipolarité?

Le patient souffrant de ce trouble vit deux moments bien distincts : l’épisode maniaque et l’épisode dépressif.

Définissons d’abord ces deux épisodes :

L’épisode maniaque (d’après le DSM 5) :

Pendant une période délimitée, l’humeur est élevée, expansive ou irritable de façon anormale et persistante. Durant cette même période, on peut constater une augmentation anormale de l’activité orientée vers un but. Cette augmentation de l’énergie persiste presque tous les jours pendant au moins une semaine.

La perturbation de l’humeur est suffisamment grave pour entraîner une altération marquée du fonctionnement professionnel ou des activités sociales ou pour nécessiter une hospitalisation afin de prévenir des conséquences dommageables pour le sujet ou pour autrui.

Le patient peut aussi souffrir de troubles psychotiques.

L’épisode hypomaniaque a les mêmes symptômes que l’épisode maniaque (sans troubles psychotiques), mais atténués. L’entourage se rend compte d’un changement mais la personne peut continuer à travailler.

L’épisode dépressif (d’après le DSM 5) :

 Changement par rapport au fonctionnement antérieur avec soit une humeur dépressive, soit une perte d’intérêt ou de plaisir.

Quand le patient éprouve cinq de ces symptômes pendant une période d’au moins deux ans : humeur dépressive, diminution de l’intérêt, du plaisir, perte ou gain de poids sans raison, insomnie ou hypersomnie, agitation ou ralentissement psychomoteur, perte d’énergie, dévalorisation, difficultés de concentration, pensée de mort récurrente.

 Il existe trois types de troubles bipolaires :

Le trouble bipolaire de type 1, le trouble bipolaire de type 2 et la cyclothymie.

Trouble bipolaire de type 1

Au moins un épisode maniaque et des épisodes dépressifs.

Trouble bipolaire de type 2

Pas d’épisode maniaque, au moins un épisode hypomaniaque et un épisode dépressif.

Cyclothymie

Pendant une période de 2 ans, il existe des symptômes d’épisode hypomaniaque et des épisodes dépressifs. Ces moments ne sont pas suffisants pour diagnostiquer un de ces deux troubles

Penchons-nous maintenant sur les points communs entre ces troubles de l’humeur et les caractéristiques des personnes à haut potentiel

 -Dans les deux cas, la réactivité est extrême. La personne HP réagit très fort et souvent très vite aux stimuli extérieurs. Ce sont les hyperstimulabilités.

-Tant la personne HP que la personne atteinte de ces troubles peut souffrir d’hyperesthésie. C’est de nouveau une des caractéristiques des HP.

-Chez les personnes HP, ce sont les émotions qui gèrent le quotidien avec des hauts et des bas fréquents.

– Quand un HP se sent à l’aise, il peut parler beaucoup, presque trop pour les autres. Ce côté volubile se retrouve aussi chez les personnes atteintes de bipolarité dans les phases maniaques.

-L’agitation psychomotrice peut correspondre chez la personne HP à l’hyperstimulabilité psychomotrice. Ce n’est pas nécessairement pathologique.

-Le manque de concentration, la difficulté à réfléchir peut de nouveau être une caractéristique des HP qui ont la pensée en arborescence. Tout part dans tous les sens et peut donc entraîner beaucoup de distractions.

-Et puis dans les périodes de haut, le HP peut parfois avoir des idées complètement saugrenues pouvant faire penser à un épisode hypomaniaque. C’est lié à leur hyperstimulabilité imaginative.

Différences entre troubles bipolaires et haut potentiel

 -Le haut potentiel existe depuis la naissance, tandis qu’un trouble bipolaire apparaît à un moment.

-Le haut potentiel est physiologique, dans la structure même du cerveau : le cerveau fonctionne autrement, le passage entre les synapses est plus rapide. Ce n’est pas une pathologie, il n’y a donc pas de médication. Tandis que la bipolarité est un déséquilibre chimique qui peut se rééquilibrer grâce à une médication.

-Les hauts et les bas chez les HP peuvent changer d’une minute à l’autre, tandis que chez les patients bipolaires, on a des phases beaucoup plus longues.

-Chez les personnes HP la pensée peut être en arborescence, elle part dans tous les sens (neurodroitiers) tandis qu’en phase maniaque, la personne qui souffre de bipolarité a plutôt sa pensée qui défile.

-Au niveau du sommeil, certains HP peuvent éprouver des difficultés à trouver le sommeil. Ils se sentiront cependant fatigués, avec un besoin de sommeil. En phase maniaque, le patient éprouve peu le besoin de dormir.

Si le patient HP va chez un psychiatre qui ne connaît pas les caractéristiques des HP et se fonde sur les symptômes décrits dans le DSM 5, il sortira probablement avec une médication pour trouble bipolaire.

« Quand je suis enfin partie de chez mes parents, j’ai décidé de me prendre en main et de me rendre chez un psychiatre. En effet, les deux ans de psychothérapie ne me permettaient pas de retrouver de la joie de vivre. Je me sentais à part, rejetée et incomprise. Je pleurais souvent, je piquais des crises, je pouvais répondre sèchement et en même temps j’étais une personne super active dans la vie. J’avais tout pour être heureuse (soi-disant): un petit ami, réussite dans mes études, la santé… Et pourtant, quelque chose n’allait pas, je le sentais au fond de moi. J’ai donc pris un rendez-vous avec un psychiatre… sur base de ce que je lui décrivais, il a pensé à me faire passer des tests pour les troubles bipolaires. Les tests n’étaient pas vraiment concluants mais le psychiatre m’a tout de même proposé de suivre un traitement adapté à ces types de troubles. M’étant renseignée sur le sujet, y voyant quelques similitudes avec mon état, j’ai suivi l’avis du médecin sans prendre d’autres avis. Entre temps, j’ai pris contact avec une nouvelle psychologue avec qui le courant est tout de suite passé. Je me sens enfin comprise par une spécialiste ! Elle ne semble pas convaincue par le diagnostic mais si cela peut m’aider… Cependant, tout va basculer quand je vais arrêter mes médicaments après quelques mois. Je me suis sentie très nerveuse, incapable de me concentrer mais je ne voulais pas retourner chez le même psychiatre qui ne m’inspirait pas confiance, qui n’a pas su m’écouter, qui s’est simplement contenté de me faire mes ordonnances. Etant donné mon état, je prends un rendez-vous avec une autre psychiatre qui me remet sous médicaments mais suit également l’évolution de mon état psychologique. Je ne reste cependant pas convaincue du diagnostic, d’autant que la psychiatre ne voyant pas une amélioration suffisante me prescrit des antidépresseurs en plus. Quelques mois plus tard, c’est par hasard sur un délai d’un mois, que trois personnes de trois milieux différents me relient au terme de HP. Je me penche sur le sujet, en parle à ma psychologue qui semble me pousser vers cette possibilité et ensuite tente un pacte avec ma psychiatre : passer les tests pour la détection des hauts potentiels et s’ils s’avèrent positifs, tenter de diminuer et arrêter les médicaments pour les troubles bipolaires que je ne me voyais pas prendre à vie. La suite : je suis HP, j’ai arrêté sous la surveillance de ma psychiatre les médicaments. Je me sens plus heureuse que jamais. La prochaine étape, arrêter les antidépresseurs et réussir à rester dans mon état d’esprit actuel. Je suis bien entourée : une psychologue géniale (je l’ai démasquée, c’est aussi un zèbre ! 😊), un petit ami patient, une pensée beaucoup plus positive, des projets à n’en plus finir et surtout plus d’indulgence avec moi-même. » Nel, 30 ans

Bien sûr ces molécules chimiques diminueront les bas, mais également nos hauts, réduisant un peu nos caractéristiques : le positif et le négatif.

« Je vivais sans arrêt avec ces hauts et surtout ces bas tellement fatigants. J’ai donc été consulter un psychiatre qui m’a directement diagnostiquée bipolaire de type 1. Je suis sortie avec une médication que, d’après lui, je devrais prendre toute ma vie. Les bas étaient un peu moins bas, mais j’avais toujours ce mal-être au fond de moi. Une psychologue m’a parlé d’HP. Je me suis renseignée et je trouvais que cela me ressemblait. J’ai donc été faire un bilan qui a confirmé ce que la psychologue avait suggéré. Je n’étais pas bipolaire de type 1. D’ailleurs c’est vraiment bizarre, ce diagnostic, car je ne pense pas avoir eu de phases maniaques (dépressives oui, mais pas maniaques). Aujourd’hui je vis super bien ma différence, je garde ces moments de haut et de bas mais je les gère bien. »

Annie, 47 ans

Je tiens aussi à exprimer ici qu’il existe aussi de nombreux psychiatres à l’écoute et qui ne vont pas directement vers un diagnostic psychopathologique entraînant une médication :

« Je suis la fille d’un maniaco-dépressif, un vrai de vrai. Le genre à se lever à trois heures du matin pour jouer de la batterie en expliquant à ma maman qu’il va « monter un groupe de jazz » et « comment ça, ça ne peut pas attendre demain matin ? ». Le genre à décider un beau matin d’aller vivre aux Pays-Bas, prendre sa voiture, tomber à court d’essence parce qu’il a négligé de faire le plein, laisser sa voiture sur le bas-côté avec les clés sur le moteur pour continuer à pied. Le genre instable, attachant mais avec tous les signes de la maniaco-dépression (et croyez-moi, Richard Gere fait passer ça comme beaucoup plus séduisant que ça ne l’est réellement). De mon côté, j’étais une enfant calme. Je n’ai pas fait beaucoup d’histoires et je suis passée sous le radar. Ce n’est qu’à 15 ans que j’ai pété un câble. Une de mes très bonnes amies est décédée cette année-là. Il faut dire qu’à 15 ans, le concept de « mort » est très abstrait.  Pour la première fois de ma vie, je me suis sentie très mal. Ce n’était pas le mal adolescent qui broie du noir et qui s’oppose à ses parents. C’était plutôt le mal-être du type « Si je griffe mes bras avec une paire de ciseau très fort, est-ce que ça va m’apaiser ? ». Je vous le donne en mille, quand ça s’est su, tout le monde s’est dit « Ahlala, ça y est, elle est maniaco-dépressive ! Vite, des thymo-régulateurs ! ». A cet instant, ma maman a eu l’incroyable réflexe de m’envoyer chez la psychiatre qui avait diagnostiqué mon père. Je suis arrivée dans son bureau, et elle a fumé toute la séance. Je me suis vraiment demandée où j’étais tombée. Elle m’a regardée, scrutée, elle m’a posé mille questions. Et puis elle a fini par me dire : « Tu n’es pas plus bipolaire que moi. Ton père, quand il est arrivé la première fois dans mon bureau, il était en pleine crise maniaque. Tu n’as aucun symptôme qui correspond. Surtout PAS de médocs pour toi, ou en tout cas pas sans examen complémentaire et diagnostic complet du sommeil ». C’était une psychiatre incroyable. Elle s’était occupée d’anciens détenus, elle fumait toujours ses clopes immondes et elle avait cette incroyable capacité à mettre à l’aise les plus durs et à diagnostiquer juste. Sans elle, je serais probablement sous Dépakine à l’heure qu’il est. »                                                                                                                        

Alicia, 25 ans